Les oubliés des ex sociétés d’Etat rossés par la police à Yaoundé

17 septembre 2013

Reportages

Invités à se présenter
auprès des établissements bancaires pour le règlement de leurs dus depuis une
vingtaine d’années, les employés des ex sociétés d’Etat n’ont pas pu rentrer en
possession de leurs avoirs. Courroucés par cette volte face, ils se sont
couchés dans la rue. Suscitant la réaction musclée des forces de l’ordre.

Les oubliés des ex sociétés d’Etat rossés par la police à Yaoundé dans Reportages vieillards-banque-300x225

A l'avenue des banques

L’après-midi et la nuit du lundi 16 septembre 2013 a été
chaude pour les forces de l’ordre déployées dans les quatre coins de la capitale
politique du Cameroun. Les employés des ex sociétés d’Etat ont donné du fil à
retordre aux flics devant les banques où ils attendent encore d’être payés. Ils
étaient déjà sûrs d’être au bout du rouleau une vingtaine d’années de misère,
mais la fin n’a pas justifié les moyens annoncés par le ministre des Finances.
L’avance de la créance, plus d’un demi-milliard n’a pas été débloquée.

« Nous sommes passés au Palais des Sports, où le
recensement se faisait, nous avons rempli toutes les conditions requises, on
nous a demandés d’aller dans les banques à partir de lundi. Nous sommes
arrivés, mais on ne nous dit rien de bon depuis hier. Nous sommes exposés au
soleil, à la famine et abandonnés à nous-mêmes. », soutient un vieux qui
suce tranquillement en cette matinée du mardi 17 septembre son sachet de « Kitoko »,
un whisky de fabrication locale très nocif.

Au boulevard des banques près de l’immeuble du PMUC et de l’Hôtel
de Ville de Yaoundé, ça grouille de monde. Les vieux et les vieilles sont
alignés par petits groupes de part et d’autre de la chaussée. Ils sont dans les
divers, plaignant particulièrement leur sort. La mine attachée presque sur tous
les visages, ces gens à qui l’Etat doit de l’argent font pitié quand ils vous
parlent.

« Est-ce que nous ne sommes pas des Camerounais pour
qu’on nous traite de la sorte ? Ça fait 20 ans que nous sommes au
quartier, beaucoup sont rentrés au village, d’autres sont morts. Maintenant
pour nous désintéresser on nous traine dans la boue. », lance une vieille
maman dépassée par la tournure des choses.

A la question qu’est-ce qu’on vous dit concrètement, un
vieux est dans tous ses états quand il nous répond. « Imaginez-vous que je
viens de Kribi, il y a des collègues qui sont partis de Bamenda, nous n’avons
pas où dormir, nous n’avons rien à manger et nous errons ici comme des chiens.
Vous aussi dites-nous ce que nous devons faire. »

Les policiers
toujours prêts à sauter sur leurs parents

Ce mardi matin, la ville est parsemée de véhicules de police
et anti émeute, presque chaque carrefour est miné, et devant les banques aussi où
la foule est agitée, les policiers sont postés à bonne distance. Sans oublier
ceux qui sont dissimulés parmi les créanciers de l’Etat de plus en plus mal
intentionnés.

vieux-depasses-300x225 dans Reportages

Des vieux pensifs et affamés

Devant ce spectacle qui n’est ni la faute de l’Etat ni celle
de ceux qui revendiquent leurs dus, les commentaires font rage partout. « Le
gouvernement n’a pas honte ? Les gens qui ont servi ce pays, qui ont tout
donné pour que nous soyons ce que nous sommes, on les tape comme ça. C’est trop
méchant ! C’est comme si ces gens n’étaient pas des Camerounais. »,
explique une dame gaillardement assise dans un taxi qui passe devant une
voiture anti émeute de la police garée devant la Caisse Nationale de Prévoyance
Sociale (CNPS).

En marchant le long de l’avenue des banques d’où est partie
la révolte, nous avons remarqué que beaucoup de policiers et policières
dormaient dans les cars « Sans payer », d’autres tenaient des sortes
de conférences de rédaction très tôt dans la matinée. Devant le ministère des
Relations Extérieures, un officier de deuxième grade déploie ses troupes devant
une foule de personnes de 3e âge.

Il faut dire que depuis des années que ces laissés pour
compte débrayaient devant le ministère des Finances, certaines langues
avouaient déjà que les sous avaient été débloqués, mais les bandits de la
République avaient simplement distrait la cagnotte destinée pour le
remboursement de cette dette.

Ce qui met en difficulté aujourd’hui la Société de Recouvrement
des Créances (SRC) qui a lancé l’opération des remboursements. Une question
tout de même : qui a demandé aux vieux d’aller s’aligner devant les
banques, alors qu’on n’était pas encore sûr de l’effectivité des paiements ?
Encore une absurdité de l’administration camerounaise ou des décideurs de cette
administration.

Jean Charles Jérémie

 

À propos de lastucieux

Je suis un journaliste camerounais, j'aime la production audiovisuelle, la présentation des journaux et des émissions spécialisées, j'aime le travail bien fait. Je souhaite que le gouvernement camerounais et les capitaines d'industrie soutiennent ceux qui se battent pour l'amélioration des conditions de vie des Camerounais, tous métiers confondus.

Voir tous les articles de lastucieux

Une réponse à “Les oubliés des ex sociétés d’Etat rossés par la police à Yaoundé”

  1. lastucieux Dit :

    Certains Camerounais soutiennent encore que c’est la campagne électorale du RDPC, je me demande bien si quelqu’un peut faire sa campagne en jetant encore lui-même le sable dans son Ngariiiiiiiiii. Mais par contre, est-ce que ce n’est pas Alamine Ousmanou ou quelques rescapés du G11 tapis dans l’ombre au Minfi qui n’ont pas voulu salir Biya la veille des élections, en disant aux vieillards d’aller toucher alors que le Mpêlê n’était pas prêt?
    C’est juste une interrogation d’un Reporter qui a déjà vu beaucoup de scandales et de nouvel an.

Laisser un commentaire

Le résumé des meilleurs con... |
Code Promo |
Le monde à l'envers |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Petit Journal de Lattes
| robertini12
| Le Monde